{"id":5589,"date":"2014-03-24T00:00:00","date_gmt":"2014-03-23T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/sphere\/20-ans-apres-le-genocide-rwandais-la-revolution-inachevee-de-la-redevabilite-humanitaire-a%c2%80%c2%93-entretien-avec-john-borton\/"},"modified":"2018-11-06T12:14:52","modified_gmt":"2018-11-06T10:14:52","slug":"20-ans-apres-le-genocide-rwandais-la-revolution-inachevee-de-la-redevabilite-humanitaire-a%c2%80%c2%93-entretien-avec-john-borton","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/uat.spherestandards.org\/fr\/20-ans-apres-le-genocide-rwandais-la-revolution-inachevee-de-la-redevabilite-humanitaire-a%c2%80%c2%93-entretien-avec-john-borton\/","title":{"rendered":"20 ans apr\u00e8s le g\u00e9nocide rwandais : la r\u00e9volution inachev\u00e9e de la redevabilit\u00e9 humanitaire \u00e2\u0080\u0093 Entretien avec John Borton"},"content":{"rendered":"<div class=\"text-block\"><p><img decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/downloads\/img\/john-borton_494x309.jpg\" alt=\"John Borton\" title=\"John Borton\" style=\"\"><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La complexit\u00e9 intrins\u00e8que du syst\u00e8me rend plus difficile qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque le traitement des aspects en suspens,\u00a0\u00bb d\u00e9clare John Borton. <em>Photo \u00a9 Le Projet Sph\u00e8re<\/em><\/p>\n<p>Il y a vingt ans, la trag\u00e9die du g\u00e9nocide rwandais commen\u00e7ait le 7 avril 1994. En trois mois \u00e0 peine, quelque 800 000 hommes, femmes et enfants \u00e9taient assassin\u00e9s dans un massacre que la communaut\u00e9 internationale des nations ne sut pas endiguer. Deux millions environ de personnes prirent la fuite, se r\u00e9fugiant en Tanzanie et au Za\u00efre (devenu entretemps la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo) voisins, tandis qu&rsquo;un autre million de personnes \u00e9tait d\u00e9plac\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du Rwanda.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse humanitaire internationale \u00e0 la crise au Rwanda et, en particulier, \u00e0 l&rsquo;exode massif de r\u00e9fugi\u00e9s (\u00e0 la mi-juillet 1994, en seulement quatre jours, 850 000 personnes s&rsquo;enfuirent vers la ville de Goma dans le Za\u00efre oriental) fut la plus importante de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p>Et elle ne fut pas facile : \u00e0 la fin juillet, durant une \u00e9ruption de chol\u00e9ra, le taux de mortalit\u00e9 \u00e0 Goma \u00e9tait le plus \u00e9lev\u00e9 jamais enregistr\u00e9 au sein d&rsquo;une population de r\u00e9fugi\u00e9s. \u00c0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e, 80 000 personnes avaient perdu la vie dans des camps de r\u00e9fugi\u00e9s et de d\u00e9plac\u00e9s internes, victimes essentiellement du chol\u00e9ra et de la dysenterie.<\/p>\n<p>Sept mois apr\u00e8s le d\u00e9but du g\u00e9nocide, une \u00e9valuation multinationale multidonateurs sans pr\u00e9c\u00e9dent \u00e9tait lanc\u00e9e : l&rsquo;<em>\u00c9valuation conjointe de l&rsquo;aide d&rsquo;urgence au Rwanda<\/em> (JEEAR, selon son sigle en anglais). Celle-ci \u00e9tait compos\u00e9e de quatre \u00e9tudes s\u00e9par\u00e9es. La troisi\u00e8me d&rsquo;entre elles, la plus importante, \u00e9tait enti\u00e8rement consacr\u00e9e \u00e0 la r\u00e9ponse humanitaire et \u00e0 ses effets.<\/p>\n<p>On consid\u00e8re aujourd&rsquo;hui unanimement que cette \u00c9tude III de la JEEAR a fait office de catalyseur pour plusieurs initiatives humanitaires fondamentales ax\u00e9es sur la qualit\u00e9 et la redevabilit\u00e9, parmi lesquelles le Projet Sph\u00e8re.<\/p>\n<p>Pour \u00e9voquer l&rsquo;impact du rapport d&rsquo;\u00e9valuation du Rwanda sur les efforts d&rsquo;am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 et de la redevabilit\u00e9 au sein du secteur humanitaire, nous nous sommes entretenus avec John Borton, chef de l&rsquo;\u00e9quipe de la JEEAR qui a pr\u00e9par\u00e9 l&rsquo;\u00c9tude III.<\/p>\n<p>En l&rsquo;absence d&rsquo;une politique efficace et d&rsquo;une r\u00e9ponse militaire au g\u00e9nocide de la part de la communaut\u00e9 internationale, l&rsquo;\u00e9valuation a \u00e9t\u00e9 des plus critiques. Dans ce contexte, l&rsquo;action humanitaire s&rsquo;est substitu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;action politique, et les agences humanitaires ont d\u00fb travailler dans des situations extr\u00eamement \u00e9prouvantes, presque impossibles.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;essentiel, il nous est apparu que les agences humanitaires avaient accompli du bon travail, mais nous avons \u00e9galement mis \u00e0 jour des lacunes, notamment une incapacit\u00e9 \u00e0 anticiper et \u00e0 mieux g\u00e9rer l&rsquo;\u00e9norme afflux de r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 Goma, ainsi que le travail insatisfaisant et le manque de professionnalisme de certaines agences. Le rapport d&rsquo;\u00e9valuation a rendu possible l&rsquo;identification de failles et a permis de se concentrer sur la mani\u00e8re de les g\u00e9rer en proposant des recommandations solides.<\/p>\n<p>L&rsquo;une d&rsquo;entre elles stipulait qu&rsquo;une forme de r\u00e9glementation ou de mise en application \u00e9tait n\u00e9cessaire pour que les agences adh\u00e8rent au <em>Code de Conduite <\/em>de la Croix-Rouge et des ONG qui venait d&rsquo;\u00eatre publi\u00e9 et aux quelques standards internationaux disponibles \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>Cette recommandation se basait sur ce que nous avions observ\u00e9 \u00e0 Goma. L&rsquo;a\u00e9roport \u00e0 proximit\u00e9, l&rsquo;importante couverture m\u00e9diatique et l&rsquo;autorit\u00e9 gouvernementale fragilis\u00e9e avaient permis \u00e0 des organisations non professionnelles de se pr\u00e9senter sans probl\u00e8me avec un avion-cargo et de s&rsquo;autoproclamer \u00ab ONG humanitaires \u00bb.<\/p>\n<p>Bien entendu, certaines excellentes agences avaient effectu\u00e9 un travail irr\u00e9prochable dans cette situation \u00e9pouvantable. D&rsquo;autres en revanche n&rsquo;\u00e9taient tout simplement pas \u00e0 leur place. Ainsi, nous avons rencontr\u00e9 une ONG qui avait laiss\u00e9 des personnes sans assistance sous perfusion pendant l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de chol\u00e9ra, contribuant ainsi probablement \u00e0 la mort \u00e9vitable de certaines des personnes affect\u00e9es.<\/p>\n<p>Pour traiter le probl\u00e8me des diff\u00e9rents niveaux de qualit\u00e9 et de professionnalisme au sein du secteur humanitaire, l&rsquo;\u00e9bauche du rapport de l&rsquo;\u00c9tude III pr\u00e9sent\u00e9e en octobre 1995 avait recommand\u00e9 la cr\u00e9ation d&rsquo;un syst\u00e8me d&rsquo;accr\u00e9ditation des ONG, afin de garantir que les destinataires re\u00e7oivent un standard professionnel acceptable de services et de soins.<\/p>\n<p>Cette recommandation a fait d\u00e9bat. Si nous nous en sommes tenus \u00e0 notre conviction qu&rsquo;un syst\u00e8me d&rsquo;accr\u00e9ditation serait n\u00e9cessaire pour g\u00e9n\u00e9rer le changement n\u00e9cessaire, nous avons accept\u00e9 l&rsquo;argument affirmant qu&rsquo;il valait mieux essayer d&rsquo;\u00e9viter qu&rsquo;un m\u00e9canisme externe ne soit impos\u00e9 aux ONG.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, le rapport de synth\u00e8se final de l&rsquo;\u00e9valuation proposait deux options : une r\u00e9glementation autog\u00e9r\u00e9e par des r\u00e9seaux d&rsquo;ONG ou un syst\u00e8me d&rsquo;accr\u00e9ditation international \u00e0 mettre au point par les agences de bailleurs, de l&rsquo;ONU et de la Croix-Rouge ainsi que les ONG.<\/p>\n<p>Peu apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 notre \u00e9bauche de rapport, nous avons appris que des discussions pr\u00e9liminaires \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en cours entre certaines des plus importantes ONG pour mettre au point une s\u00e9rie de standards humanitaires. Dans les semaines qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la remise du rapport final, une sorte de processus parall\u00e8le s&rsquo;\u00e9tait organis\u00e9 entre l&rsquo;\u00e9quipe de l&rsquo;\u00c9tude III et les personnes impliqu\u00e9es dans ces discussions.<\/p>\n<p>Savoir que le rapport d&rsquo;\u00e9valuation am\u00e8nerait probablement \u00e0 recommander un m\u00e9canisme d&rsquo;accr\u00e9ditation a motiv\u00e9 ces discussions. Cette \u00ab f\u00e9condation crois\u00e9e \u00bb, pour ainsi dire, a \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9e par le fait que certains acteurs &#8211; Peter Walker, Nicholas Stockton et Joel McClellan &#8211; \u00e9taient impliqu\u00e9s dans ces discussions, tout en si\u00e9geant au Comit\u00e9 directeur de la JEEAR.<\/p>\n<p>Nous avons int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la version finale de l&rsquo;\u00c9tude III le d\u00e9veloppement d&rsquo;une proposition pour \u00e9tablir des standards humanitaires. Nous ne pouvions pr\u00e9voir le futur et ignorions comment la situation \u00e9voluerait, mais cela semblait \u00eatre une bonne initiative, de telle sorte que le rapport final a apport\u00e9 son soutien \u00e0 ce qui finirait par devenir le Projet Sph\u00e8re.<\/p>\n<p>Le rapport de la JEEAR a \u00e9galement recommand\u00e9 la cr\u00e9ation d&rsquo;une fonction de m\u00e9diateur humanitaire, afin d&rsquo;\u00e9tablir un syst\u00e8me de r\u00e9clamations sur la performance des agences qui pourraient \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 une autorit\u00e9 ind\u00e9pendante. Un an plus tard, des agences britanniques se sont attel\u00e9es au d\u00e9veloppement du <em>Humanitarian Ombudsman Project<\/em>, un projet qui deviendrait par la suite le Partenariat International pour la Redevabilit\u00e9 Humanitaire (HAP International).<\/p>\n<p>L&rsquo;important Comit\u00e9 directeur de la JEEAR regroupait donateurs, l&rsquo;ONU, la Croix-Rouge et des ONG, ce qui \u00e9tait tout \u00e0 fait inhabituel \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Dans la foul\u00e9e, nous avons d\u00e9velopp\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de cr\u00e9er une sorte de groupe similaire qui mettrait tout particuli\u00e8rement l&rsquo;accent sur les aspects de la redevabilit\u00e9 et de la performance. Nous avons ainsi pos\u00e9 la premi\u00e8re pierre du R\u00e9seau d&rsquo;apprentissage actif pour la redevabilit\u00e9 et la performance dans l&rsquo;action humanitaire (ALNAP).<\/p>\n<p>Le g\u00e9nocide rwandais a \u00e9t\u00e9 tout \u00e0 la fois une gigantesque trag\u00e9die humaine et un traumatisme pour les agences humanitaires qui les a amen\u00e9es \u00e0 chercher \u00e0 am\u00e9liorer leur performance et la redevabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Les agences ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement alarm\u00e9es de constater que lors de leur r\u00e9ponse imm\u00e9diate \u00e0 l&rsquo;\u00e9norme afflux de r\u00e9fugi\u00e9s au Za\u00efre oriental, elles n&rsquo;avaient pas uniquement port\u00e9 secours aux civils, mais aussi aux personnes qui avaient ex\u00e9cut\u00e9 les massacres. Elles ont \u00e9prouv\u00e9 les pires tourments lorsqu&rsquo;elles ont compris qu&rsquo;elles avaient \u00ab nourri les assassins \u00bb.<\/p>\n<p>De notre point de vue, ce probl\u00e8me n&rsquo;\u00e9tait pas une responsabilit\u00e9 principale des agences humanitaires. Il requ\u00e9rait l&rsquo;intervention du Conseil de S\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;ONU et de forces militaires. L&rsquo;ONU avait d&rsquo;ailleurs propos\u00e9 la cr\u00e9ation d&rsquo;une force de maintien de la paix pour pr\u00e9server la s\u00e9curit\u00e9 dans les camps, s\u00e9parer les diff\u00e9rents groupes de r\u00e9fugi\u00e9s et \u00e9loigner les camps de la fronti\u00e8re avec le Rwanda, mais un seul pays a mis \u00e0 disposition des troupes, et cette force n&rsquo;a finalement pas vu le jour. Autant dire que les agences humanitaires \u00e9taient dans une impasse.<\/p>\n<p>Elles apportaient souvent leur aide pendant la journ\u00e9e et se retiraient des camps la nuit pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9. Un vrai dilemme. La plupart des agences ont alors consid\u00e9r\u00e9 que dans leur majorit\u00e9, les r\u00e9fugi\u00e9s avaient besoin de leur aide, et ont donc continu\u00e9 leur action. D&rsquo;autres en revanche ont choisi de l&rsquo;interrompre et se sont retir\u00e9es des camps.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9poque \u00e9tait traumatisante et a v\u00e9ritablement marqu\u00e9 toutes les agences. Je dirais que le rapport d&rsquo;\u00e9valuation du Rwanda a dynamis\u00e9 et a mis en exergue cette angoisse. \u00c0 ce titre, le rapport d&rsquo;\u00e9valuation donc a bel et bien \u00e9t\u00e9 le vecteur d&rsquo;un changement significatif. Il a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 \u00ab \u00e9valuation rep\u00e8re \u00bb. \u00c0 n&rsquo;en pas douter, il s&rsquo;agissait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la plus importante \u00e9valuation d&rsquo;une op\u00e9ration humanitaire. Elle s&rsquo;est confront\u00e9e \u00e0 quantit\u00e9s d&rsquo;aspects et a analys\u00e9 la performance de tout le syst\u00e8me &#8211; une nouveaut\u00e9.<\/p>\n<p>R\u00e9trospectivement, je peux dire que cela a \u00e9t\u00e9 un privil\u00e8ge d&rsquo;\u00eatre impliqu\u00e9 dans une \u00e9valuation qui a formul\u00e9 certaines bonnes recommandations et a aid\u00e9 la communaut\u00e9 internationale et la communaut\u00e9 des ONG \u00e0 se lancer dans une entreprise qui finirait par d\u00e9boucher sur des changements importants. Certaines des motivations pour ces changements existaient d\u00e9j\u00e0, mais je pense qu&rsquo;il n&rsquo;est pas exag\u00e9r\u00e9 d&rsquo;affirmer que l&rsquo;\u00e9valuation a apport\u00e9 un regain de dynamique et que, dans une certaine mesure, elle a aid\u00e9 ces changements \u00e0 se frayer un chemin.<\/p>\n<p>La fin des ann\u00e9es 1990 et le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 a \u00e9t\u00e9 une p\u00e9riode tr\u00e8s cr\u00e9ative dans le secteur, jalonn\u00e9e de quantit\u00e9 d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements positifs. Le Code de conduite de la Croix-Rouge et des ONG a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1994, en plein g\u00e9nocide rwandais. Puis, comme je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, ALNAP, HAP et le Projet Sph\u00e8re ont vu le jour. <em>People In Aid<\/em> a publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois son <em>Code de bonne pratique<\/em> en 1997.<\/p>\n<p>Dans le monde francophone, des initiatives comme Coordination SUD et Groupe URD se sont pench\u00e9es \u00e0 cette \u00e9poque sur les aspects de la qualit\u00e9 de l&rsquo;assistance humanitaire. En 1999, le Groupe URD a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper sa m\u00e9thode d&rsquo;assurance qualit\u00e9 pour les projets humanitaires.<\/p>\n<p>En l&rsquo;an 2000, \u00e0 Gen\u00e8ve, j&rsquo;ai sciemment pos\u00e9 la question d\u00e8s le titre d&rsquo;une pr\u00e9sentation : \u00ab Sommes-nous en pr\u00e9sence d&rsquo;une r\u00e9volution de la redevabilit\u00e9 ? \u00bb. Je souhaitais mettre un coup de projecteur sur tout ce qui se passait et amener mon public \u00e0 voir les \u00e9v\u00e9nements comme une possible r\u00e9volution au sein du secteur.<\/p>\n<p>Cette \u00ab r\u00e9volution \u00bb a-t-elle exploit\u00e9 tout son potentiel ? Elle a r\u00e9ussi de grandes choses. Mais tout en admirant tout ce qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9, je me demande si nous n&rsquo;avons pas contourn\u00e9 certains des aspects que le rapport d&rsquo;\u00e9valuation du Rwanda avait cherch\u00e9 \u00e0 mettre en \u00e9vidence. Des compromis ont \u00e9t\u00e9 faits, et les structures cr\u00e9\u00e9es sont loin d&rsquo;\u00eatre parfaites. C&rsquo;est pourquoi j&rsquo;estime que de nombreux d\u00e9fis demeurent encore dans le paysage.<\/p>\n<p>Le secteur est nettement plus vaste et plus complexe qu&rsquo;il y a vingt ans. Davantage d&rsquo;agences et de personnes sont impliqu\u00e9es, et les niveaux de financement sont \u00e9galement nettement plus importants. La palette de l&rsquo;assistance s&rsquo;est en outre \u00e9toff\u00e9e : services psychosociaux, \u00e9ducation et moyens de subsistance font d\u00e9sormais office de services humanitaires de base. De nouveaux acteurs ont fait leur apparition &#8211; du secteur priv\u00e9 au militaire. La complexit\u00e9 intrins\u00e8que du syst\u00e8me rend plus difficile qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque le traitement des aspects en suspens.<\/p>\n<p>Un probl\u00e8me fondamental demeure : en d\u00e9pit de tout le travail r\u00e9alis\u00e9 autour des standards et de la redevabilit\u00e9, des agences non qualifi\u00e9es et non professionnelles ont pu atterrir \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport de Port-au-Prince apr\u00e8s le tremblement de terre d&rsquo;Ha\u00efti en 2010 et y d\u00e9ployer leurs programmes sur le terrain. Exactement comme \u00e0 Goma il y a vingt ans. Elles n&rsquo;auraient m\u00eame pas d\u00fb se trouver sur place !<\/p>\n<p>Je trouve bien triste que tous nos efforts collectifs pour am\u00e9liorer la redevabilit\u00e9 et la performance n&rsquo;aient pas permis de cr\u00e9er un m\u00e9canisme pour \u00e9viter de tels cas de figure. Un syst\u00e8me d&rsquo;accr\u00e9ditation des agences humanitaires internationales demeure n\u00e9cessaire, afin d&rsquo;\u00e9viter que des agences non qualifi\u00e9es et non professionnelles entrent en contact avec les populations affect\u00e9es.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, si je suis fier de tout ce qu&rsquo;a accompli et mis en place le rapport d&rsquo;\u00e9valuation du Rwanda, je regrette que le syst\u00e8me n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 mieux en mesure de g\u00e9rer les aspects de comp\u00e9tence pour \u00e9tablir qui peut travailler dans des op\u00e9rations d&rsquo;urgence et qui peut lever des fonds en qualit\u00e9 \u00ab d&rsquo;agence humanitaire \u00bb.<\/p>\n<p>Nombre des d\u00e9fis n&rsquo;ont pas disparu et sont devenus plus complexes. Ils sont m\u00eame devenus plus compliqu\u00e9s \u00e0 relever.<\/p>\n<p>Si la cr\u00e9ation et le d\u00e9veloppement du Projet Sph\u00e8re est une entreprise constructive et positive, il n&rsquo;en demeure pas moins que certains des probl\u00e8mes \u00e0 l&rsquo;origine de Sph\u00e8re et de toute l&rsquo;\u00e9nergie d\u00e9pens\u00e9e autour de la qualit\u00e9 et des standards apr\u00e8s le g\u00e9nocide rwandais n&rsquo;ont toujours pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9solus.<\/p>\n<p>Je pense que Sph\u00e8re a r\u00e9alis\u00e9 de grandes choses en fournissant un langage commun qui va au-del\u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s, des cultures et des langues. Cela \u00e9tant, je me demande combien d&rsquo;agences contr\u00f4lent v\u00e9ritablement leur performance \u00e0 l&rsquo;aune des standards Sph\u00e8re et partagent les r\u00e9sultats avec leurs partisans et d&rsquo;autres agences. Certains bailleurs exigent qu&rsquo;on leur rende des comptes sur l&rsquo;usage des standards Sph\u00e8re, mais ils ne constituent qu&rsquo;une petite minorit\u00e9.<\/p>\n<p>Ne serait-il pas fantastique que toutes les agences rapportent pour chacune de leurs op\u00e9rations leurs progr\u00e8s en \u00e9tablissant si elles ont atteint ou d\u00e9pass\u00e9 les standards Sph\u00e8re ? De telles informations seraient incroyablement utiles pour la coordination, le plaidoyer et la formation.<\/p>\n<p>Personnellement, je ne pense pas que le potentiel de Sph\u00e8re pour doper une am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 ait \u00e9t\u00e9 pleinement exploit\u00e9. Nous disposons de cette magnifique s\u00e9rie de standards et d&rsquo;indicateurs, d\u00e9velopp\u00e9s par des experts issus d&rsquo;un grand nombre d&rsquo;agences, qui fournit un cadre pour am\u00e9liorer la performance dans le secteur humanitaire&#8230; Mais \u00e0 mon sens, pour r\u00e9ellement exploiter le potentiel de Sph\u00e8re, il manque une impulsion, un suivi plus conscient de ces standards et indicateurs et davantage d&rsquo;ouverture de la part des agences \u00e0 l&rsquo;heure de partager leurs r\u00e9sultats.<\/p>\n<li>T\u00e9l\u00e9charger les <em><a href=\"http:\/\/www.odihpn.org\/download\/dossier-thematique-no-16\" target=\"_blank\">Conclusions et Recommandations Principales de l&rsquo;\u00c9tude III<\/a><\/em> de l&rsquo;<em>\u00c9valuation Conjointe de l&rsquo;Aide d&rsquo;Urgence au Rwanda<\/em>.<\/li>\n<li>Cet entretien a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 en novembre 2012 dans le cadre d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;entretiens pour un documentaire vid\u00e9o sur l&rsquo;histoire du Projet Sph\u00e8re qui devrait voir le jour dans le courant de l&rsquo;ann\u00e9e. La version \u00e9crite de cet entretien a \u00e9t\u00e9 r\u00e9vis\u00e9e et corrig\u00e9e par John Borton en mars 2014. <\/li>\n<li>Actuellement associ\u00e9 de recherche principal aupr\u00e8s du Groupe de politique humanitaire, <strong>John Borton<\/strong> compte 30 ans d&rsquo;exp\u00e9rience dans le secteur humanitaire, au sein duquel il a occup\u00e9 diverses fonctions. En tant que charg\u00e9 de recherche de l&rsquo;Institut de d\u00e9veloppement d&rsquo;outre-mer (ODI) \u00e9tabli au Royaume-Uni, il a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la t\u00eate des processus de cr\u00e9ation d&rsquo;organismes devenus depuis le R\u00e9seau de pratique humanitaire (<em>Humanitarian Practice Network<\/em>, HPN), le Groupe de politique humanitaire (<em>Humanitarian Policy Group<\/em>, HPG) et le R\u00e9seau d&rsquo;apprentissage actif pour la redevabilit\u00e9 et la performance dans l&rsquo;action humanitaire (ALNAP). En 1995-1996, il a dirig\u00e9 l&rsquo;\u00c9tude III (l&rsquo;aide humanitaire et ses effets) de l&rsquo;<em>\u00c9valuation conjointe de l&rsquo;aide d&rsquo;urgence au Rwanda<\/em> (JEEAR). \u00c0 l&rsquo;heure actuelle, il s&rsquo;occupe notamment du projet <a href=\"http:\/\/www.HumanitarianHistory.org\" target=\"_blank\">HumanitarianHistory.org<\/a>, un site Web qui veut rendre plus accessible l&rsquo;histoire du secteur aux travailleurs humanitaires et s&rsquo;inscrire en soutien du travail des chercheurs.<\/li>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vingt ans se sont \u00e9coul\u00e9s depuis le g\u00e9nocide rwandais, un \u00e9v\u00e9nement charni\u00e8re traumatisant pour le secteur humanitaire. 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